Saumon à la mouche noyée en petite rivière

Faire monter un saumon de belle taille sur une petite mouche artificielle dans une rivière étroite est vraiment formidable. Comme une apparition, le grand poisson est venu saisir cette petite touffe de poils montée sur un hameçon. Quel plaisir ! Pour Jacky Boileau, la pêche du saumon atlantique sur de petits cours d'eau à l'aide d'un matériel léger est ce qu'il y a de plus palpitant dans la pêche à la mouche. Il nous détaille toutes les ficelles de cette nouvelle approche de la pêche du grand migrateur.

Sur un cours d'eau aussi étroit que l'Easky (Co Sligo, Irlande), une canne courte suffit amplement pour couvrir tous les coups
et venir à bout de poissons dont le poids excède rarement 12 livres.

Je vais essayer de vous expliquer comment affiner le matériel pour connaître le maximum de plaisir en pêchant le saumon en petite rivière. J'ai souvent vu des pêcheurs s'éloigner de cette pêche parce qu'ils ont lu trop d'articles ou de livres parlant de ce gros poisson qui devait être pêché avec du matériel pour les monstres et se priver dans 80% des cas de cette merveilleuse pêche du saumon à la petite mouche et en soie flottante.
Deux ouvrages m'ont beaucoup apporté ; le premier : Le saumon à la mouche de Jean-Paul Péquegnot (édité par l'auteur en 1987) m'a beaucoup appris notamment sur la bonne longueur des cannes pour la petite rivière. Il est plein de vérités mais devenu malheureusement introuvable. J'espère qu'il sera réédité un jour. Le second livre est : Mémoires d'un pêcheur à la mouche irlandais de T.C. Kingsmill-Moore. Cet ouvrage est consacré à la pêche des migrateurs en Irlande, et surtout dédié à la truite de mer. Il est d'une logique incomparable pour l'époque, notamment sur le matériel à utiliser. T.C. Kingsmill Moore écrit sur le matériel : "Le secret d'un bon matériel réside dans l'équilibrage et l'harmonie des composants et la bonne manière d'y parvenir, c'est de partir de la mouche pour finir par la canne, et non pas comme on le voit si souvent, de la canne à la mouche..." En partant de ce principe, j'ai essayé de trouver des outils correspondant à cette pêche.
LA CANNE
Les deux écoles du saumon s'affrontent sur la longueur des cannes en opposant la canne à deux mains de 14 à 16 pieds et la canne à une main de 9 à 10 pieds.
En réalité, il n'y a pas de débat sur la longueur, mais tout simplement des rivières à saumons différentes.
C'est ce que beaucoup de pêcheurs ne comprennent pas. J'ai vu récemment sur une petite rivière de Bretagne - l'Elorn, pour ne pas la citer- un pêcheur avec une 14 pieds. Pour ceux qui connaissent cette rivière qui n'excède pas 15 m de large, son choix quant au matériel utilisé était vraiment inadapté. Ce choix a sans doute été dicté par la lecture de quelques livres traitant du saumon où il est dit que pour pêcher ce poisson, il faut une canne de 14 à 16 pieds. Entre faire comme Lee Wulff et pêcher sans canne avec un simple moulinet, ou comme Hugh Falkus avec une 15 ou 17 pieds, il y a une bonne longueur entre ces deux extrêmes. Ainsi une 8'6" (2,58 m) me paraît très correcte pour une petite rivière, qui pour moi mesure de 10 à 20 mètres de large. Tous les amis qui ont essayé cette technique ont vraiment été séduits et ne changeraient désormais plus de matenel. A maintes reprises, j'ai essayé des longueurs de 9 à 10 pieds et je trouve que l'on perd beaucoup en précision et en discrétion avec ces longueurs. Elles sont beaucoup trop encombrantes pour pêcher sous les branches. C'est comme cela que j'en suis arrivé à avoir recours à du matériel proche de celui utilisé pour la pêche à la truite classique, mais un peuplus puissant et d'une longueur un peu plus courte que celle préconisée habituellement. J'utilise donc une 8'6". Cette longueur est idéale pour le lancer sous les branches aussi bien en roulé simple qu'en roulé revers. Elle permet en outre une présentation et surtout une discrétion totale, indispensable à cette pêche. La puissance de la canne est de l'ordre de 7-8 pour pouvoir tirer un peu lors de la prise d'un gros poisson vigoureux. Elle doit être douce et agréable à manier et non pas une trique comme certaines cannes dans cette puissance. Avec le matériel moderne, je veux parler du carbone, on peut se permettre pas mal de choses, par exemple mettre à angle droit la canne. Beaucoup le pêcheurs ont peur de tirer sur leur canne et cela est dommage car ils ne soupçonnent pas sa capacité à sortir des poissons énormes.

LA SOIE
Il faut trois soies pour pêcher correctement le saumon en petite rivière.
Une flottante à profil décentré, long belly si possible, la plus utilisée dans 80% des cas et la plus facile à lancer. Sur les cours d'eau de petite taille, elle s'utilise à bon escient d'avril à octobre et permet souvent de voir le saumon prendre la mouche ou la refuser.
Une soie flottante à pointe plongeante, transparente si possible (cette soie découverte l'année dernière m'a procuré beaucoup de plaisir). Pour mettre cette soie en oeuvre, il faut que l'eau monte un peu ou qu'elle soit forte. Elle permet de faire évoluer la mouche à une profondeur différente et d'obtenir de meilleurs résultats, surtout en début de saison (en mars et avril) et en fin de saison (en septembre et octobre). Elle est beaucoup plus pêchante qu'une soie intermédiaire classique, particulièrement en fin de dérive quand l'intermédiaire emmène la mouche vers le fond et provoque de fréquents accrochages.
Une soie plongeante S2 pour les jours de grande crue : elle permet de pêcher quand l'eau est sur les prés et de faire évoluer une mouche le long des berges où se tiennent les saumons. Cette soie est utilisable même en plein été quand l'eau monte brutalement suite à un orage. C'est le seul moyen de pêcher par eaux fortes. Je l'utilise avec une mouche orange, c'est la couleur qui se voit le mieux dans l'eau teintée.

LE BAS DE LIGNE
Je fais le montage en trois éléments d'un mètre, ce qui fait un bas de ligne de trois mètres. D'une longueur de trois mètres, idéale pour une canne de 8'6", le bas de ligne est constitué de trois brins égaux de 35, 30 et 25/100ème ou 22/100ème si les conditions sont difficiles. Un 25/100ème moderne donne une résistance d'un peu plus de 6 kilos et cela est suffisant même avec un saumon de très belle taille, qu'il soit de printemps ou d'automne. S'il est indispensable de pêcher fin, c'est uniquement pour pouvoir présenter des mouches très mobiles à l'extrémité du bas de ligne.
LE MOULINET
Le moulinet doit pouvoir contenir une soie WF-7 ou 8 ainsi que 50 à 100 m de backing. Pour ce dernier, j'utilise de la tresse prévue pour la pêche de la carpe ; elle tient beaucoup moins de place que le backing classique et permet d'utiliser des moulinets de moindre capacité et donc plus légers. Il permet finalement de disposer d'un ensemble canne -moulinet-soie très léger qui facilite les lancers et améliore surtout la présentation de la ou des mouches.
LES MOUCHES
Il faut absolument utiliser de petites mouches montées sur hameçons simples de taille 8, 10 et 12 ou doubles de taille 10 et 12, ce qui correspond à des longueurs de 2 à 3 cm. Même en avril ou en octobre, le 8 est un bon numéro. Les mouches sur hameçons triples sont bonnes en très petite taille, mais elles ont tendance à tourner quand elles sont dans les courants et cela ne me plaît pas beaucoup. En revanche, comme elles sont assez lourdes, elles sont bien adaptées à la pêche des courants très vifs où elles s'immergent facilement.
A réserver donc aux eaux rapides. Les mouches doivent être relativement simples et assez mobiles. J'utilise de plus en plus des modèles avec des queues assez longues. Le choix entre l'hameçon simple et le double est surtout lié à la hauteur d'eau. Maintenant que l'hameçon double est prohibé pendant la période automnale, j'utilise plus souvent 2 mouches (cela est légal même en période automnale avec des hameçons simples) et je pense que cela marche mieux. Le saumon réagit violemment à une mouche qui poursuit une autre. Il faut très peu de distance entre les deux mouches (50 à 60 cm). Attention, le montage à deux mouches est à utiliser uniquement sur les rivières bien dégagées. En cours de combat, la prudence s'impose, la mouche restée libre peut s'accrocher lors de l'échouage d'un poisson et provoquer la casse lors d'un ultime rush.

LA COULEUR DES MOUCHES
J'utilise trois couleurs de mouche : le noir, le jaune et l'orange mais la plupart du temps, je me limite au noir car je sais que cette couleur est la plus visible, surtout pour la pêche de surface. Le jaune marche correctement sur les rivières où le débit est assez fort, mais j'ai tendance à ne pas trop l'utiliser. L'orange est surtout utilisable au moment des crues et des eaux troubles. J'utilise quelques mouches brillantes, seulement par eaux hautes et claires, conditions dans lesquelles elles sont les plus efficaces.
PRESENTATION DE LA MOUCHE
Il faut pêcher vite, je m'entends : donner de la vitesse à la mouche et il ne faut pas hésiter à tirer sur la soie. Pour bien faire, il faudrait obtenir une vitesse de 5 km/h, cela fait 1,40 m à la seconde, mais la moitié suffit amplement. Je suis convaincu que l'on fait suivre beaucoup de saumons derrière notre petite mouche. J'en ai vu un le faire une fois et il ne manquait pas grand-chose. Il était venu voir la mouche une dizaine de fois et je pense que la vitesse n'était pas bonne pour déclencher l'attaque. Le saumon passe toute sa vie maritime à poursuivre des crevettes et je pense que son attaque sur nos petites mouches présente des similitudes. A la touche, il ne faut rien faire, surtout ne pas ferrer, seulement relever la canne (c'est un exercice très difficile et beaucoup de poissons se perdent). Il faut oublier la pêche de la truite en noyée, être inactif est impératif.
DEUX STYLES DE PETITS COURS D'EAU A SAUMONS SE RENCONTRENT :
LES EAUX RAPIDES
Ces cours d'eau que l'on rencontre surtout en Irlande sont des rivières dites de crue, certainement les plus faciles à pêcher mais il faut tomber au bon moment et cela est très aléatoire. On arrive quand même à prendre du poisson sur ces rivières quand l'eau est basse mais il faut donner beaucoup de vitesse à la mouche et être très discret. Il faut pêcher le matin très tôt ou le soir très tard. L'utilisation d'un bas de ligne très fin (22/100ème) me paraît être un diamètre acceptable pour pouvoir tenir houer de gros poissons.
LES EAUX LENTES (style Bretagne)
C'est une pêche que j'apprécie, elle est assez délicate et demande beaucoup de discrétion et de précision dans les lancers. Il faut tirer au maximum sur la soie pour donner de la vitesse à la mouche, mais quand la touche se produit, quel grand moment ! Les rivières bretonnes se prêtent bien à la pêche à la mouche du saumon et surtout depuis quelques années, elles sont de plus en plus attirantes avec cette fermeture tardive fin octobre. Elle permet de prolonger la saison de pêche. Du poisson de taille importante et 100 % sauvage sur de petites rivières, quelle aubaine ! Je souhaite à tous les pêcheurs qui pratiquent cette pêche de se retrouver avec un poisson de 80 cm venu de je-ne-sais-où, c'est vraiment une étape que tous les moucheurs confirmés doivent connaître.
CONCLUSION
L'important dans cette façon de pêcher c'est d'y croire. Au bout d'une heure de pêche, beaucoup de pêcheurs changent de mouche et utilisent des gros modèles. Il ne faut surtout pas raisonner comme cela. Il vaut mieux pêcher à la cuillère. La pêche doit se faire uniquement avec des petites mouches. Cette année, il y a eu beaucoup de saumons sur les petites rivières et je pense que l'avenir est assez prometteur. J'espère que les saumons de la Gartempe qui rentre dans la catégorie des petites rivières seront de plus en plus nombreux afin qu'on puisse les pêcher. Depuis quelques années, le grand migrateur s'y reproduit dans de bonnes conditions. Sachant qu'on y a déjà observé des poissons mesurant le mètre, je pense que l'on va se faire plaisir ! !